mardi 28 mai 2013

Regarde... Mathurin Méheut




Au Musée de la marine, au-delà des impressionnants spécimens de bateaux exposés dans des salles aux proportions toutes Trocadéro-esques, un autre accrochage motive la visite. Il s'agit de la dense exposition consacrée à Mathurin Méheut, un artiste breton habité par les paysages, les traditions et les métiers de sa région. Les sujets de prédilection de Mathurin Méheut sont ainsi le monde maritime et la vie rurale de la Bretagne du début du XXème siècle. Loin d'être insignifiants, rebattus ou soporifiques, les sujets transcendés par la touche de Mathurin Méheut constituent une fresque naturelle et sociologique puissante. Les processions religieuses, les pêcheurs au travail, les ramasseuses de sel et goémonières : voici le portrait digne et laborieux de la Bretagne de son temps.

 Femmes de Saint-Cado © Rousseau, Grand Angle, Lamballe

Mathurin Méheut n'a pas dépassé cette qualification de peintre régionaliste par ses seuls sujets. Il aspire aussi à voyager, et y parvient notamment grâce à la bourse octroyée par Albert Khan : Japon, Inde, Ceylan... Mais alors la première guerre mondiale éclate et Méheut abandonne ses recherches plastiques inspirées des temples japonais. Il rejoint le régiment d’infanterie puis les services topographiques des états-majors. Il s'attachera, du fond des tranchées, à réaliser des croquis témoignant du quotidien de ses camarades Poilus, magistraux.

 L’exécution capitale, 5 julliet1915 © Rousseau, Grand Angle, Lamballe

Mathurin Méheut appliquera également son talent à la céramique, au long cours de plusieurs décennies et diverses collaborations avec des ateliers comme la faïencerie Henriot (Quimper), ou la prestigieuse Manufacture nationale de Sèvres. Plusieurs services sont ainsi exposés au Musée de la marine, et hélas ma première réaction a été la déception. Les réalisations ne sont-elles pas un peu stylistiquement datées ? Peut-être pour notre regard contemporain, mais, du temps de Méheut, par exemple, « le traitement des coquillages, poissons et animaux marins du service de la mer, modernise les traditionnelles bretonneries ». La scénographie de cette exposition en sous-sol, privée de la lumière du jour, joue peut-être aussi un rôle dans le déficit de mise en valeur des pièces céramiques. Manque d'éclat de la lumière artificielle, coloris des cimaises mats et lourds (issus de la palette même de Méheut, tel ce ocre foncé) : malgré les belles vitrines reconstituant les services à table, un peu de vigueur manque à la présentation.

Ce qui m'a par contre absolument éblouie est l'ouvrage de Regarde, un livre pour enfant écrit par Colette et superbement illustré par Mathurin Méheut. Le homard bleu ayant habilement servi à la communication de l'exposition est d'ailleurs tiré de ce petit bijou, désormais très recherché des collectionneurs. La vivacité des couleurs et la douceur maîtrisée du trait créent des créatures dont on ne sait ce qui l'emporte du réalisme ou de l'onirisme. J'avoue que c'est même ce homard placardé dans les couloirs du métro qui m'a seul décidée à venir voir l'exposition. Pouvoir des images...




Autre surprise : la correspondance avec Yvonne Jean-Haffen, une amie artiste. Mathurin Méheut a produit de grands diables de lettres, rehaussées d'illustrations ou véritablement mangées par les dessins.

Ainsi donc une exposition qui fut une totale découverte, défiant les gloires nationales actuellement célébrées (Eugène Boudin, Marc Chagall, etc.) et mettant également au défi les habitudes esthétiques du parisien amateur d'art. 


Jusqu'au 30 juin 2013

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Je ne connaissais pas même l'existence de cet artiste. Cette collaboration avec Colette est effectivement extraordinaire, et il me semble en cherchant qu'en est publié un fac-similé aux éditions... Ouest-France ;-)