mercredi 6 mars 2013

Suzanne Lalique-Haviland, le décor réinventé



L’exposition dont il est ici question est consacrée à Suzanne Lalique (1892-1989). Suzanne semble avoir eu une vie rêvée : issue d’une famille aisée qui s’inscrit dans l’histoire de l’art, elle est elle-même encouragée à exprimer ses talents naturels. Fille de René Lalique, qui a marqué l’Art nouveau avec ses bijoux et l’Art Déco avec ses créations verrières,son grand-père maternel est ami avec Rodin. La relation avec son père, que je n’ai pas plus creusée que cela, semble idéale: après le décès précoce de la mère (Suzanne a 17 ans), son père la sollicite régulièrement pour sa créativité. Suzanne conçoit alors des flacons et boîtes à poudre pour la Maison Lalique, et, ô bonheur, crée pour la manufacture de Sèvres! 


Son cercle de fréquentations est de la plus haute qualité : Eugène Morand, futur directeur de l’Ecole nationale des Arts décoratifs, Jean Giraudoux, par exemple. Son mariage en 1917 avec Paul Burty Haviland achève de parfaire cet entourage fécond. Paul est photographe, et son père, Charles Edward Haviland, industriel de la porcelaine. C’est pourtant pour la manufacture Théodore Haviland, dirigée par le cousin de son mari, que Suzanne crée ses services de table à partir de 1925. Suzanne créera donc pour les deux branches de sa famille : pour la verrerie Lalique et la manufacture Haviland.

Ce sont donc des services en porcelaines et des pièces vitriques qui composent la première partie de l’exposition, et qui m’ont particulièrement intéressée. Selon le dossier de presse de l’exposition, Suzanne Lalique-Haviland « apparait véritablement comme l’une des grandes réformatrices du décor des Arts de la Table en France au début du XXe siècle. ». C’est ce que peine sans doute à démontrer l’exposition, par l’absence de recontextualisation des créations de Suzanne. Ceci mis à part, il est possible de se laisser à l’appréciation purement esthétique des pièces.

Les lignes Art déco des vases de verre m’ont tout particulièrement séduite, moi qui ne suis pourtant pas habituellement sensible aux créations vitriques. Lames, facettes triangulaires, couleurs sombres se jouant de la transparence du matériau, voici pour ces pièces Lalique le vocabulaire de base de Suzanne, dont on dit que ce sont les recherches de Manet (introduit par Giraudoux) qui lui ont suggéré l‘utilisation du noir dans tout son œuvre. 



Quant aux services de porcelaine, Suzanne Lalique-Havilland a exprimé sa créativité non pas dans les formes, mais dans les décors. Pas de thème favori, mais plus une exploration de styles : un service « volière », un autre avec des voiliers, un autre encore « marocain ». Ici une image du service « créole », qui fait dialoguer des pois noirs irréguliers en périphérie et un nœud rose parfait au centre. La rapidité de changement de style de Suzanne sur ses porcelaines semble presque prémonitoire. Se lasserait-elle des arts du feu, dans lesquels elle baigne depuis son enfance et dans lesquels elle s’est plus encore enfoncée par son alliance avec une famille de porcelainiers? Ce n’est qu’hypothèse, fantasme de ma part…



Quoi qu’il en soit, et de façon objective, à partir de 1937, et jusqu’à sa retraite, Suzanne se consacre… au théâtre. A la tête des ateliers de décors et de costumes, elle imprime son propre style à la vénérable institution de la Comédie-Française. Peu d’explications sont données sur ce changement de cap. On pense bien sûr aux paravents de jeunesse (Paravent où s’envole une branche d’arbre au bleu luxuriant, 1920), très bien réalisés, qui peuvent annoncer ce goût pour le grand décor. Mais notre curiosité sur le processus de création et les atermoiements de l’artiste n’ont pas été satisfaits! Quoi qu’il en soit, la partie consacrée à cette nouvelle partie de la carrière de Suzanne Lalique-Haviland est moins intéressante, les créations de Suzanne sont trop peu explicitées.

La dernière partie de l’exposition est consacrée à la reconstitution de la décoration intérieure d’un wagon du Côte d’Azur Pullman Express et aux peintures de Suzanne. Parmi ces dernières, je retiens essentiellement des natures mortes comme des portraits de la domesticité bourgeoise de son temps. Les cadrages de ses natures mortes célèbrent le bel ouvrage, à travers un accent mis ici sur une cloche de verre, là sur un beau meuble de bois, là encore sur une horloge. L’écoulement paisible et du meilleur goût des jours féconds d’une créatrice bénie des dieux…




Commissariat d'exposition :
Jean-Marc Ferrer, historien des Arts décoratifs limousins des XIXe et XXe siècles
Véronique Brumm, directeur du Musée Lalique (Wingen-sur-Moder)
Véronique Notin, directeur du Musée des Beaux-Arts de Limoges

Co-production du musée Lalique situé à Wingen-sur-Moder et du musée des Beaux-arts de Limoges

Jusqu'au 15 avril 2013
Musée des Beaux-arts de Limoges
http://www.museebal.fr/

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Merci pour cette visite d'une exposition à laquelle je me serais bien rendue. Le catalogue complète peut-être les lacunes que tu reproches à l'accrochage...