mercredi 27 février 2013

Johann Georg Pinsel, sculpteur baroque extatique

Le billet précédent concernait les designers brésiliens Fernando et Humberto Campana. Le même billet eût pu les rassembler avec cette autre découverte. Jugez vous-mêmes : autre exposition du baroque, de petite taille elle aussi, et organisée par le voisin des Arts décoratifs, le Musée du Louvre bien sûr ! Mais cette fois-ci, point de réinterprétation du baroque à l’époque contemporaine mais développements historiques du courant. Organisée en étroite collaboration avec les institutions ukrainiennes, l'exposition consacrée au sculpteur Johann Georg Pinsel s'est achevée le 25 février mais mérite une large résonance (que le catalogue, sur la forme, n'accomplit pas complètement).

                                                   La Vierge de douleur, vers 1758

Voici une présentation issue du site du Musée du Louvre : « Le style de Pinsel, très brillant, proche de celui des grands sculpteurs de l’âge d’or du baroque germanique, témoigne d’une esthétique rarement montrée en France. L’artiste se distingue de ses contemporains par une personnalité propre : une gestuelle extravertie démonstrative, une expressivité prononcée, une caractérisation très personnelle des draperies. »

Et c’est bien cette expressivité qui m’a frappée, et séduite, dans les quelques œuvres rassemblées au Louvre. L’exaltation des personnages passe par un répertoire physique très marqué, presque maniériste: des doigts qui parlent, boursouflés de vie, des poignets à l’extrême souplesse, de grosses larmes qui roulent sur le visage d’une vierge, des muscles et des chevelures pris dans les tourbillons de vents extraordinaires, des membres à des angles incongrus, etc. Et cette expressivité à son comble n’épargne pas les étoffes des personnages, elle y trouve au contraire ses meilleures alliées. Les pans de tissu sont excessivement longs et amples, enveloppant les personnages comme l’aura gigantesque de leur rôle biblique.

                                                              Saint Jean, vers 1758

Ce qui est admirable dans l’œuvre du sculpteur est la retranscription de cette exaltation à travers le matériau bois, dont on sait bien les caprices. Seule concession faite à l’art de la main: sur l’une des pièces, Abraham sacrifiant Isaac, la draperie de ce dernier est faite en partie de tissu durci avec du plâtre. Certaines sculptures voient leurs draperies réalisées de façon plus schématique, selon une succession d’angles plus aigus et d’aplats, qui, alliés au doré omniprésent qui recouvre le bois, évoque irrésistiblement le courant, anachronique, du futurisme, lui empruntant sa « sensation dynamique/énergique » et la simultanéité des états d'âme et des structures multiples du monde visible.

Les sculptures de Pinsel créent aussi un théâtre mythique, un univers de conte de fée, non dépourvu d’humour : Samson tuant un lion vaut son pesant de dorure, tandis qu’un Christ se retrouve encadré par deux anges agenouillés au faciès de sorcières… A l’orée de l’exposition, des angelots en bois peint en blanc ont des corps déformés car destinés à être vus d’en bas.

Inutile de dire que les images des sculptures ne leur font pas honneur, et que c'est encore sur pièce que l'on peut en goûter la pleine maestria.

                                                            Samson tuant le lion, vers 1758

On doit la présence de ces extraordinaires sculptures au sauvetage opéré par Boris Voznitsky, directeur de la Galerie nationale des beaux-arts de Lviv. Après 1945, voyant les œuvres d'art, classées dangereuses, confisquées ou détruites, M. Voznitsky a entrepris de les mettre à l'abri. Ah ces figures de sauveurs de l’art (à l’instar de Rose Valland) ne laisseront pas de me fasciner…

J’imagine aisément M. Pinsel sculpter Voznitsky dans une posture ardente de foi… en l’art !

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Presque mal à l'aise devant la musculature de Samson !